— Du 1er au 3 octobre 2026, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et l’Association des industries d’Haïti (ADIH) ont remis l’industrie haïtienne au centre du débat national. Du Karibe Convention Center au Nouveau Hôtel El Rancho, pendant trois jours, la première édition de la Semaine de l’industrie a exposé des savoirs locaux, discuté des défis, partagé les expériences, célébré des accomplissements, honoré des valeurs et surtout lancé des appels à l’action en faveur de ce secteur.

Soutenu par la Primature et placé sous un thème aussi ambitieux qu’engageant, « vers la redynamisation du secteur industriel haïtien », l’évènement a réuni des officiels de l’État, des cadres de l’administration publique, des partenaires techniques et financiers, des industriels, des investisseurs, des entrepreneurs, des patrons, des professionnels, des syndicalistes, des universitaires, des étudiants et des jeunes porteurs de projets.

Le titulaire du MCI, James Monazard, non sans une pointe de fierté, estime que cette semaine de l’industrie a été « une semaine d’encouragement, d’incitation, de réflexion, d’introspection collective et de visibilité autour de la question industrielle ».

James Monazard, ministre du Commerce et de l’Industrie
James Monazard, ministre du Commerce et de l’Industrie

Une volonté politique de redynamiser l’industrie

Pour le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, l’organisation de l’évènement en général et le choix de son thème en particulier traduisent une volonté politique de bâtir la croissance économique et la création d’emplois durables autour de l’industrie.

« Redynamiser notre industrie c’est réduire notre dépendance aux importations tout en valorisant nos ressources locales, créer des richesses et des emplois stables pour notre jeunesse, renforcer notre souveraineté économique dans un monde de plus en plus compétitif », martèle Fils-Aimé.

Alix Fils-Aimé, Premier ministre haïtien
Alix Fils-Aimé, Premier ministre haïtien

Un cap industriel fixé à l’horizon 2050

Selon les données compilées par macrotrends.net, les importations d’Haïti pour 2025 se sont élevées à 4,60 billions de dollars étatsuniens, soit une hausse de 15,07 % par rapport à 2024.

Le plan stratégique de politique industrielle (PSPI) 2026-2050, proposé par l’ADIH dans une perspective d’« une industrie haïtienne compétitive, résiliente et moteur de la souveraineté économique nationale », ambitionne une réduction annuelle des importations ciblées de 800 millions de dollars étatsuniens d’ici 2050.

Ce plan vise aussi à « porter la contribution industrielle à 25 % du PIB ; créer plus de 400 000 emplois industriels directs ; faire passer les exportations manufacturières à environ 2,7 milliards USD ; améliorer significativement la productivité industrielle et les recettes fiscales ».

Le PSPI identifie six secteurs prioritaires : agro-industrie, matériaux de construction, textile à valeur ajoutée, pharmaceutique légère, emballage/plasturgie et énergies renouvelables industrielles. Ces secteurs sont retenus selon des critères d'intensité en main-d'œuvre, de disponibilité d'intrants locaux et de potentiel d'exportation.

Production, compétences et investissements au cœur des débats

Un panel autour de la cruciale question du renforcement de la production nationale pour répondre aux besoins de l’industrie a permis d’échanger sur l’approvisionnement des entreprises, l’accès aux intrants et la capacitation des producteurs. Le président de l’ADIH, David Coles, est intervenu aux côtés de Delphine Gardère, Ralph Edmond, Manuel Ewald et Mikaelle William.

La nécessité du rapprochement entre les producteurs et les entreprises a été soulignée dans le but de favoriser une meilleure intégration de la chaîne d’approvisionnement et de soutenir l’essor de l’activité industrielle.

Les enjeux majeurs de la qualification de la main-d’œuvre et de l’accès au financement ont été au cœur des débats également. Les débats ont mis en avant la nécessité d’un diagnostic des besoins en compétences, du renforcement de la disponibilité des professionnels qualifiés et du développement de partenariats adaptés.

Le Recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Predelus, dans son discours, lors du lancement de l’évènement, soulignait déjà, avec conviction, que « L’UEH est prête à préparer les ingénieurs, les techniciens, les professionnels, les cadres dont l’industrie haïtienne a besoin. Nos laboratoires peuvent apporter leur contribution à la valorisation des ressources locales, au contrôle de la qualité, à la normalisation, à l’innovation technique, à l’élaboration des données fiables pour le secteur industriel. »

Le numéro 1 du plus grand centre d’enseignement supérieur du pays a appelé de ses vœux la création d’un cadre permanent de concertation Industrie-Université-État pour favoriser la rencontre effective entre l’offre de formation et la demande de compétences.

D’autres discussions ont abordé les mécanismes de facilitation des investissements, l’accompagnement des entreprises, l’importance de la régulation, de la normalisation et de la standardisation pour stimuler le développement industriel en Haïti.

Un tantinet fier, le ministre Monazard souligne qu’« un pays qui ne débat pas de ce qu’il produit, laisse à d’autres le soin de décider de ce qu’il consommera ».

Une vitrine du savoir-faire et de l’emploi

Le MCI et ses partenaires ont honoré diverses entreprises et personnalités qui « ont joué et continuent de jouer un rôle important dans l’entretien et le développement du secteur industriel haïtien ». Parmi les acteurs distingués, on retrouve Harry Nicolas alias « Mèt Fèy Vèt » et le Rhum Barbancourt.

La Brasserie Nationale SA (BRANA SA), Tropic SA, SUNRISE, Carribex, Rhum Barbancourt, Banque Nationale de Crédit, Caribbean food manufacturing SA, DMS, Farmatrix, Laboratoires 4C, Caribbean Baking Company, Comme Il Faut, RAMSA, La Couronne, Canado Technique ont, entre autres, participé à cette semaine de l’industrie.

À travers les différents espaces d’exposition, le public a pu lier connaissance avec des produits, des services et des solutions « made in Haïti ». Les visiteurs ont pu échanger directement avec les exposants. Les présentations et les démonstrations ont permis de découvrir davantage les entreprises et industries haïtiennes.

Pour certains exposants, l'événement a aussi servi de plateforme de recrutement : plusieurs entreprises ont profité de la foire pour recueillir les CV de jeunes à la recherche d'un emploi, créant un lien direct entre compétences disponibles et besoins des entreprises.

Participants à la foire industrielle
Participants à la foire industrielle

Des défis structurels toujours présents

Trois belles journées de vitrine pour l’industrie haïtienne. La mobilisation de la Semaine de l’industrie a eu le mérite de remettre le secteur au-devant de la scène médiatique. Mais les vieux défis structurels n’ont pas encore bougé. La réalité économique reste inchangée.

En toute franchise, le titulaire du MCI a rappelé que l’économie haïtienne a reculé de 2,7 % en 2025. Septième année consécutive de contraction, et plus de 16 % de la richesse nationale perdus depuis 2018. Troisième année d’affilée de recul des industries manufacturières : 4,3 % en 2025.

D’autres réalités donnent la sueur froide aux industriels. « Des routes nationales bloquées ou rançonnées ; des usines déplacées, pillées ou fermées ; une production d’électricité encore en baisse d’environ 20 % en un an ; un port et un aéroport longtemps paralysés ; des coûts de production qui explosent, face à des importations souvent déloyales. Le textile d’assemblage, qui employait naguère plus de 60 000 personnes, n’en comptait plus qu’environ 25 000 en 2025 », égrène Monazard.

Comment l’industrie haïtienne se projettera-t-elle dans l’avenir ? Le renouvellement de la loi HOPE par les États-Unis d’Amérique jusqu’en 2028 est-il suffisant ? Les 2,2 % de progrès de l’industrie des produits alimentaires et des boissons permettent-ils d’espérer davantage ? L’industrie des huiles essentielles ira-t-elle au-delà de son bond de 26 % en 2025 ?

Quid de l’insécurité et de la stabilité politique ?

Reste à savoir si l'édition 2027 pourra, elle, s'appuyer sur des chiffres en hausse plutôt que sur des promesses renouvelées.

PhilAyiti Media — 03.10.2026