P-au-P, 18 septembre 2026 [PhilAyiti Media] — Depuis le décès du trompettiste, compositeur et arrangeur André Dejean, le 11 septembre 2026 en Floride, aux États-Unis d’Amérique, les hommages ne tarissent pas. Les témoignages affluent et convergent vers un constat commun : la musique portée par sa trompette a su traverser les générations.
Les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer le virtuose du cuivre haïtien.
Un patrimoine musical d’Haïti et du monde
Dans un communiqué paru moins de 24 heures après l’annonce de sa disparition, la Primature haïtienne estime qu’« André Dejean laisse à la postérité une œuvre qui appartient désormais au patrimoine musical d’Haïti et du monde ».
Alix Didier Fils-Aimé, premier ministre, a vanté la richesse de ses mélodies cuivrées, sa rigueur artistique et son amour indéfectible pour la culture nationale. Pour le ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Marie Vianney Emmanuel Ménard, c’est « un monument de la musique haïtienne qui est tombé de son socle ». La perte de cet « instrumentiste et compositeur hors pair » est incommensurable, poursuit-il.
Dans une note publiée sur ses réseaux sociaux, l’ambassade américaine à Port-au-Prince forme le vœu que la musique de Dejean continue à inspirer et que sa « mémoire demeure une bénédiction ». Comme la Primature, elle reconnaît la grande contribution de Dejean et de son groupe à l’expansion internationale du konpa haïtien.
« À la fin des années 1970, cette musique a traversé les frontières pour atteindre New York. Les Frères Dejean y ont enregistré à Manhattan, tandis que la couverture de leur album L’Univers a été photographiée sous l’Unisphère, dans le quartier de Queens : des musiciens haïtiens réunis sous le globe emblématique de l’Exposition universelle, portant la musique de leur pays vers un public plus large. »
Une grande musique éternelle
Le maestro-chanteur Arly Larivière et les musiciens de Nu-Look accordent l’éternité au trompettiste fondateur du mythique groupe Les Frères Dejean. Nu-Look a été le dernier groupe de konpa au sein duquel André Dejean a évolué.
« Les musiciens s’en vont, mais la grande musique est éternelle. Les notes du maestro André Dejean continueront de résonner dans chaque ligne de cuivres que nous jouerons et sur chaque scène où nous monterons. »
C’est ce qu’écrit Larivière, en anglais, sur sa page Facebook pour rendre hommage au disparu, qualifié de « véritable légende du patrimoine haïtien ».
Pour l’animateur de radio Philippe Saint-Louis, connu pour être un amoureux du compas des Frères Dejean, « André est indiscutablement l’un des plus grands musiciens haïtiens, tous genres musicaux confondus ».
« La communauté culturelle haïtienne doit veiller à ce que les œuvres de musiciens comme André Dejean ne tombent jamais dans l’oubli, mais demeurent des modèles. Les animateurs et animatrices, présentateurs et présentatrices d’émissions musicales se doivent, eux aussi, de réserver une place particulière à ces légendes », préconise Saint-Louis, rappelant que la musique ne connaît ni âge ni frontière.
Des hommages au-delà des frontières
En Guyane comme en Guadeloupe, la presse salue le départ de Dejean avec des termes très élogieux. France-Guyane présente le maestro comme « une référence du compas haïtien » et souligne qu’avec lui disparaît « une figure majeure du compas, mais aussi un compositeur et arrangeur dont l’œuvre aura traversé les générations ». La 1ère France Info évoque le décès d’une « figure incontournable du konpa » qui venait souvent en Martinique pour des collaborations musicales.
Les 8 et 10 novembre 2025, les Frères Dejean ont joué leur Grand Bal d’Adieu, respectivement en Guadeloupe et en Martinique. En dépit du succès de ces deux soirées, le musicien avait confié à l’animateur Saint-Louis qu’il était en proie à la dépression et se sentait un peu fatigué, à 74 ans.
Six décennies de musique
André Dejean a débuté tôt dans la musique. Il a connu, selon ses dires, d’éminents professeurs tels Camille Noël à la fanfare du Lycée national de Pétion-Ville et le maestro, multi-instrumentiste, arrangeur et compositeur Michel Desgrottes, mort en 1993. Ansy Dérose, Guy Durosier et Gérald Merceron comptent aussi parmi les grands noms ayant contribué à sa formation musicale.
En plus de fonder l’emblématique formation Les Frères Dejean avec ses frères Lionel et Fred en 1963, il a collaboré assez longtemps avec le Magnum Band des frères Pasquet, dont le talentueux guitariste et maestro Dadou Pasquet. Dejean a aussi accompagné des artistes de renommée mondiale : Celia Cruz, Daniel Santos et Nelson Ned.
André Dejean a inspiré des générations de musiciens et bercé les oreilles des mordus du compas direct pendant plus de six décennies. Certains gardent en mémoire son long solo de trompette sur « Marina » des Frères Dejean, paru sur l’album Pa gain Panne. D’autres s’accrochent encore à celui exécuté sur « M pap ka neye » de Zafem, sur l’album LAS, ou à celui de « Ma moitié » de Nu-Look, sur l’album Just for You.
Le légendaire trompettiste a exécuté sa dernière partition, mais sa musique continuera de vivre parmi les mélomanes.
PhilAyiti Media — 18.09.2026