— Du 3 au 5 septembre 2026, le Ministère du Commerce et de l'Industrie (Mci) organisera, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, la Semaine de l'Industrie, sous le thème « Vers la redynamisation du secteur industriel haïtien ».

Placée sous le haut patronage de la Primature, selon un clip promotionnel diffusé sur les réseaux sociaux, cette activité compte réunir décideurs publics, industriels, universitaires, partenaires techniques et diaspora, dans une démarche tournée vers une relance structurée de la production nationale.

Pilier historique de la création d'emplois, l'industrie haïtienne recèle un potentiel considérable — agro-industrie, textile, valorisation des ressources locales —, mais demeure entravée par des contraintes bien connues : faiblesse des capacités productives, déficit d'infrastructures, contraintes énergétiques, concurrence des produits importés. C'est pour desserrer cet étau que le Mci a conçu l'événement.

Trois journées, trois dynamiques

Selon la programmation consultée par PhilAyiti Media, la Semaine de l'Industrie proposera cérémonies officielles, visites d'entreprises, panels et une foire industrielle. Les échanges prévus aborderont des thématiques telles que les défis structurels et perspectives de relance, la transformation numérique et l'intelligence artificielle, ainsi que l'adéquation entre formation et emploi.

En partenariat avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao), une table sectorielle sera animée dans une perspective de partage d'expériences autour des enjeux propres à l'agro-industrie, réunissant chefs d'entreprise, syndicalistes et médiateurs du travail.

La journée du 5 septembre 2026 sera consacrée à une foire déployée en plusieurs pavillons (agro-industrie, manufacture, cosmétique, énergies renouvelables), vitrine du « Made in Haïti ». Une cérémonie honorera par ailleurs les entreprises et personnalités ayant marqué le développement industriel du pays.

« Nous voulons l'essor », plaide le ministre

Cette ambition avait déjà été posée par le ministre du Commerce et de l'Industrie, James Monazard, le 30 juin 2026, lors de l'atelier préparatoire à l'événement, devant le secteur privé, les chambres de commerce et les partenaires techniques et financiers.

Le ministre a d'abord reconnu la difficulté de justifier une telle initiative dans le contexte actuel : l'urgence de nourrir et reloger des dizaines de milliers de déplacés fuyant « la violence terrifiante des gangs armés », de rétablir la sécurité, et de soutenir des industriels « décapitalisés ou poussés à la faillite » par la crise.

Mais le Mci n'est pas seulement celui du commerce, a-t-il insisté : « il y a un véritable savoir-faire industriel haïtien » qui dépasse le seul textile. Face aux chocs exogènes, l'industrie a fait preuve de résilience, a-t-il reconnu, avant d'ajouter :

« Nous ne voulons pas seulement de la résilience ; nous voulons l'essor. »

Conscient des limites de l'action publique — « je serais incohérent si je laissais entendre que l'État peut réussir ce pari seul » —, le ministre a invité le secteur privé à s'associer via le mécénat, l'animation de panels, la participation au salon de l'industrie et la facilitation des échanges entre entreprises. Le Mci se présente comme « facilitateur, régulateur et catalyseur », promettant des contreparties définies « dans un esprit de réciprocité et de transparence », et situe l'événement comme point de départ d'un dialogue permanent avec le secteur privé.

Entre discours volontariste et réalité des chiffres

Ce discours mobilisateur se heurte cependant à une réalité statistique préoccupante. Le secteur industriel haïtien, loin de l'essor annoncé, s'est contracté de 4,7 % en 2024, sous l'effet de la dégradation de l'environnement des affaires et des suppressions d'emplois dans le textile, selon la Banque mondiale. Ce recul s'inscrit dans une récession nationale plus large : le Pib a chuté de 4,2 % en 2024, puis de 2,7 % en 2025 — une septième année consécutive de contraction.

Dans les comptes nationaux, le grand secteur « industrie » (manufacture, construction, mines, énergie) pèse certes 33,4 % de la valeur ajoutée du Pib en 2024, devant l'agriculture (15,9 %) mais derrière les services (48,3 %), selon la Banque mondiale. Ce poids statistique masque toutefois une industrie manufacturière concentrée à l'excès sur un seul segment : le textile-habillement, qui représente à lui seul près de 90 % des exportations haïtiennes vers les États-Unis, selon l'Association des industries d'Haïti (Adih).

Ce segment reste sous perfusion d'un régime commercial préférentiel américain, les lois Hope/Help, expirées le 30 septembre 2025 et renouvelées in extremis par la Chambre des représentants des États-Unis le 12 janvier 2026, avec effet rétroactif jusqu'au 31 décembre 2026. Une fragilité bien réelle : l'emploi dans l'habillement serait passé de plus de 60 000 postes en 2021 à environ 22 000 en 2024, soit une chute de plus de 60 % en trois ans, selon des données attribuées à la Commission du commerce international des États-Unis (Usitc).

À cela s'ajoutent des contraintes structurelles que le ministre Monazard reconnaît lui-même : seulement 40 % de la population avait accès à l'électricité en 2024, de manière intermittente, selon Human Rights Watch — un déficit énergétique qui pénalise directement toute ambition de transformation industrielle sur le territoire national.

Cette fragilité n'a rien de théorique ni de refermé. Une délégation du Mci, conduite par le ministre Monazard sous l'égide de la Primature, s'est rendue à Washington le 14 juillet 2026 pour plaider, de nouveau, en faveur du renouvellement de HOPE/HELP — preuve que l'extension obtenue en février dernier, limitée à un an, ne clôt pas le dossier et que le secteur textile reste suspendu à une décision américaine appelée à se répéter.

Ces chiffres suggèrent que la « redynamisation » annoncée devra composer avec un secteur exsangue, une base productive peu diversifiée et une dépendance persistante à des dispositifs commerciaux extérieurs sur lesquels Haïti n'a pas de prise. Reste à savoir si la mobilisation attendue du secteur privé suffira à transformer l'élan discursif de la Semaine de l'Industrie 2026 en investissements concrets, dans un pays où l'urgence sécuritaire continue, de l'aveu même du ministre, à dicter l'agenda national.

PhilAyiti Media — 08.08.2026