— Moins d'un mois après la visite aux Gonaïves d'une délégation gouvernementale composée des ministres des Travaux publics, Transports et Communications et de l'Environnement, les pluies qui se sont abattues sur la cité de l'Indépendance le 2 septembre 2026 mettent à nu la précarité des infrastructures d'évacuation de la ville et de ses environs.

La nature semble rappeler aux ministères concernés l'urgence d'agir sur la situation des Gonaïves pour prévenir la répétition de catastrophes telles que celles de 2004 et 2008. Les douloureux souvenirs liés à ces tragédies qui ont marqué la ville ne se sont toujours pas estompés chez ses habitants et habitantes.

Un mort et plus de 24 000 maisons inondées : tel est le bilan aux Gonaïves des récentes inondations survenues durant le passage de l'onde tropicale Doly sur plusieurs îles de la Caraïbe. Presque tous les quartiers de la ville ont subi la furie des eaux, selon les autorités municipales lors d'une conférence de presse tenue le jeudi 3 septembre 2026.

La fureur des eaux a été sans pitié. Une jeune femme de 21 ans a été happée par le courant à Praville, un quartier du nord des Gonaïves. Son corps a été retrouvé échoué au bord de la mer. La présidente de la commission municipale intérimaire, Gina Jeanty, a confirmé la triste nouvelle.

Dans les quartiers de Bienac 13, 14, 15 et 16, un éboulement a endommagé une dizaine de maisons environ.

Vue du morne Bienac aux Gonaïves.
Morne Bienac, aux Gonaïves. Source : Prolongasyon.

Les eaux se sont engouffrées dans la prison civile avec une violence toute particulière, selon les précisions de Jeanty.

La prison civile des Gonaïves touchée par les inondations de septembre 2026.
Prison civile des Gonaïves, septembre 2026. Source : Prolongasyon.

La réponse locale des autorités

Dans une certaine mesure, les autorités locales ont pris des dispositions pour répondre à l'urgence. Des engins lourds étaient déjà à l'œuvre dans les 24 heures suivant les fortes pluies pour nettoyer et évacuer les tonnes de boue et d'immondices qui se sont entassées dans les quartiers submergés.

Selon la commission intérimaire, ces interventions ne vont pas se limiter au simple nettoyage. Elles doivent aussi permettre de curer les canaux pour faciliter l'écoulement des eaux et prémunir la cité de Raymond Vilaire Cabèche — député des Gonaïves célèbre pour sa résistance à l'occupation étasunienne d'Haïti en juillet 1915 — contre de nouvelles inondations.

La mairie des Gonaïves est engagée dans cette opération aux côtés de la direction départementale du ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) et de plusieurs organisations non gouvernementales.

Rappel de la nature aux autorités : après les beaux mots, la pluie des actions !

En ce début du mois de septembre 2026, à quelques jours de la rentrée scolaire, alors que la majorité des quartiers de la cité de l'Indépendance est sous les eaux, les Gonaïviens et Gonaïviennes réclament au plus vite le beau temps de la concrétisation des annonces et le suivi des promesses du gouvernement.

Après la « mission de suivi et d'évaluation » des ministres Joseph Almathe Pierre-Louis (MTPTC) et Valéry Fils-Aimé (MDE) aux Gonaïves, du 20 au 23 août 2026, un communiqué du MTPTC informait que « les constats effectués sur le terrain ont conduit à l'adoption de plusieurs mesures urgentes concernant les routes, l'assainissement, l'aménagement hydraulique et la protection de l'environnement ».

Le ministre de l'Environnement, Valéry Fils-Aimé, a qualifié la tournée dans le chef-lieu du département de l'Artibonite de « quatre jours d'actions gouvernementales au service de l'environnement, du cadre de vie et des communautés ».

Évoquant une démarche « d'action rapide », le MTPTC indique que son titulaire a donné des instructions fermes pour le lancement accéléré de plusieurs interventions prioritaires, dont la construction d'un dalot et l'aménagement de 100 mètres linéaires de fossés latéraux de part et d'autre dans le quartier de Bois d'Homme, ainsi que l'asphaltage d'un tronçon de 250 mètres linéaires à la rue Christophe.

« Pour renforcer les capacités d'intervention sur le terrain, des équipements comprenant plus de 50 brouettes, une centaine de pelles, une centaine de pioches, des balais et deux tricycles ont été remis à la voirie municipale et à la Direction départementale de l'Artibonite du ministère de l'Environnement. »

Les constructions anarchiques dans les différents quartiers du morne Bienac ont attiré l'attention du ministre Pierre-Louis, qui a invité les autorités municipales à reprendre en main le contrôle urbanistique.

Le haut fonctionnaire exhorte « les citoyens à faire preuve de civisme et à adopter des comportements écoresponsables afin de préserver le milieu naturel et de garantir la sécurité des personnes et des biens ».

Gonaïves : la mémoire du cauchemar cyclonique

Les vieux démons des tragédies traversées par les habitants et habitantes des Gonaïves semblent resurgir chaque fois que la météo se montre menaçante. La mémoire gonaïvienne des cyclones Jeanne et Hanna est encore vivante.

En septembre 2004, la tempête tropicale Jeanne a frappé la cité de l'Indépendance avec une violence dévastatrice. Selon le bilan final établi par la Direction de la protection civile, la catastrophe a fait environ 3 000 morts et disparus, tandis que plus de 300 000 personnes se sont retrouvées sinistrées.

Quatre ans plus tard, au début du mois de septembre 2008, la ville a replongé dans le même cauchemar. Le passage de la tempête tropicale Hanna a coûté la vie à plus d'une centaine de personnes. Ce bilan a été alourdi par le passage successif des tempêtes Gustav et Ike au cours des mêmes semaines.

Le nombre de familles sinistrées s'est élevé à plusieurs milliers dans une ville une fois de plus submergée et meurtrie par des dégâts matériels considérables.

Vingt-deux ans se sont écoulés depuis que cette peur hante la ville. Pendant ce temps, gouvernements nationaux et conseils municipaux se sont succédé à la tête du pays et de la commune. Citoyens et citoyennes semblent parfois ne pas se préoccuper de la préservation de l'environnement et de leur espace de vie. Et Gonaïves continue à être de plus en plus vulnérable sur le plan environnemental.

PhilAyiti Media — 04.09.2026