— L’espoir s’est brisé. Les organisations de communication et d’éducation populaire qui, depuis environ vingt jours, s’accrochaient encore à l’idée de revoir vivant leur collaborateur Willard Vancol savent désormais à quoi s’en tenir. Ce sont ses « restes mortels » que la Police nationale d’Haïti a découverts le 9 septembre 2026 dans la forêt jouxtant le Centre de formation de l’Institut de technologie et d’animation (ITECA) à Gressier, au sud-ouest de Port-au-Prince.

« Les gangs qui ont violemment attaqué le centre le jeudi 20 août 2026 ont lâchement assassiné notre collaborateur », affirme un communiqué de presse de l’ITECA publié le jour même des macabres trouvailles.

Coordonnateur du centre de formation et directeur de la radio communautaire Ti Boukan FM, Vancol a collaboré pendant plus d’une vingtaine d’années avec l’ITECA, notamment dans le renforcement des organisations paysannes à travers le pays.

Il « a consacré toute sa vie à la lutte pour l’émancipation des masses populaires, à la promotion et à la valorisation de la culture populaire », soutient l’ITECA, qui le décrit comme un « militant engagé et de conviction ».

Un « homme total » et un citoyen remarquable

À travers un communiqué conjoint, la Société d’animation et de communication sociale (SAKS) et huit radios communautaires pleurent l’atroce assassinat d’un « homme total », d’un « citoyen remarquable ».

« De Radio Vwa Klodi Mizo [Cayes] à Ti Boukan FM [Gressier], sans compter sa contribution à plusieurs autres radios communautaires, le camarade Willard [Vancol] ne respirait qu’un air fait de conviction et d’engagement pour le progrès. Jamais il ne cédait à l’intimidation dès lors qu’il s’agissait de la cause du changement social et des intérêts des masses populaires. »

La disparition brutale de Vancol suscite à la fois colère, indignation, douleur et tristesse. « Profondément affligée », l’équipe de l’ITECA partage l’immense douleur de sa famille, de ses camarades et de ses amis. Willard Vancol était père d’une fille.

Pour la SAKS et diverses radios communautaires, « très en colère » face à l’assassinat crapuleux du militant progressiste et communicateur populaire, cet acte « confirme une nouvelle fois la banalisation de la vie en Haïti, de nos jours ».

« Nous sommes tout aussi indignés de voir massacres, kidnapping et d’autres formes de violence occuper, jour après jour, la une des médias haïtiens. Cela doit cesser », poursuit la SAKS.

La présidente du conseil d’administration de la SAKS, Astrude Renard, confie dans une note plus personnelle à PhilAyiti Media qu’elle est « déchirée, broyée ».

« Les criminels ont gaspillé la vie d’un militant du mieux-être collectif. C’est un coup dur pour le mouvement populaire, pour le droit à la parole libre, pour le droit à la communication. »

L’ITECA s’engage à « garder vivante » la mémoire de son collaborateur tout en poursuivant « sans relâche [son] combat » pour que toutes les personnes impliquées dans cet assassinat « répondent de leurs actes devant la justice ».

Une communauté entière en deuil et en colère

Directeur de Ti Boukan FM, Willard Vancol n’était pas qu’un nom parmi d’autres dans le paysage médiatique communautaire haïtien : il était de ceux qui, au quotidien, prêtaient leur micro et leur voix aux causes de l’éducation populaire. Sa disparition vient allonger la liste des journalistes, communicateurs et militants du droit à la communication happés par la violence qui gangrène le pays.

« Au-delà du choc, c’est une communauté entière qui pleure non sans colère aujourd’hui. Les organisations d’éducation et de communication populaires doivent composer avec ce vide que laisse l’assassinat d’un camarade, d’un partenaire, d’un allié », se lamente Abydarlyne Jouth, responsable du Centre culturel Lawouze dans le département du Centre.

La SAKS, la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), Solidarite ant jèn (SAJ/Veye yo) et la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) avaient exigé des autorités compétentes qu’elles fassent la lumière sur la disparition de Vancol.

C’est à partir du 4 septembre 2026, environ deux semaines après la disparition du directeur de Ti Boukan FM, que la PNH a conduit des opérations dans la commune de Gressier pour déloger des bandits et reprendre le contrôle de certains espaces, dont le centre de formation de l’ITECA. Plusieurs criminels issus du gang « 103 Zombi », rattaché au gang de Gran Ravin, ont été tués lors de cette intervention policière.

À Gressier, l’ITECA accompagne des associations paysannes et mène des activités de formation et de développement communautaire. Établi depuis une cinquantaine d’années à Petit-Boucan, l’institut abrite l’unique forêt de la commune, avec une centaine d’espèces végétales répertoriées, ainsi que les infrastructures d’eau potable dont dépendent de nombreuses familles.

PhilAyiti Media — 10.09.2026