P-au-P, 11 septembre 2026 [PhilAyiti Media] — Le compas haïtien pleure une nouvelle fois l'un des siens. André Dejean, trompettiste, compositeur, arrangeur et membre fondateur des Frères Dejean de Pétion-Ville, s'est éteint ce 11 septembre 2026 en Floride, aux États-Unis d’Amérique. Sa disparition vient allonger la liste des figures de la musique haïtienne parties vers l’autre rive ces dernières années, laissant les mélomanes haïtiens, chaque fois, un peu plus orphelins.
Jusqu’à sa mort, en virtuose de la trompette, Dejean a fait les beaux jours de la ligne des cuivres de la formation musicale Nu-Look d’Arly Larivière, avec laquelle il a joué dans plusieurs grandes salles internationales, dont le Zénith et l’Olympia à Paris, en France.
Le son distinctif des Frères Dejean
Bien avant Nu-Look, ce trompettiste, compositeur et arrangeur s’est fait connaître en 1963 en fondant avec son frère Fred Dejean, saxophoniste, le groupe « Les Frères de Pétion-Ville », devenu plus tard Les Frères Dejean.
Isnard Douby, trompettiste-chanteur issu de la fanfare du Lycée national de Pétion-Ville, comme les Dejean, faisait partie de l’effectif de cette formation de compas. Il fondera à New York, au début des années 1980, avec d’autres transfuges des Frères Dejean, le groupe System Band.
La signature de la musique compas promue par les Dejean est indiscutablement basée sur un son fait de cuivres. Malgré la domination du synthétiseur dans la construction musicale du compas de l’époque, André Dejean et ses acolytes musiciens ont su imposer le son distinctif des cuivres.
Différents titres ont traversé les générations : « La Foi » et « Joyeuses Vacances » sur l’album Pa gain Panne (1975) ; « Haïti, Beauté de la nature » (International, 1976) ; « Qu’est-ce que la vie » et « Debake » (Bouki ak Malice, 1977) ; « Naide », « L’Univers » et « Yoyo » (L’Univers, 1979) ; « La prière » (First Class, 1981) ; « Belle Déesse » (Sans Rancune, Malere) ; « Claudia » et « Belle Promesse » (Signé Dejean) ; « Léon sou Broadway » et « Ou kite m ou ale » avec Lionel Benjamin. Autant de chansons qui sont encore sur les lèvres des mordus du compas.
« Une légende » de la musique haïtienne
L’animateur de radio Philippe Saint-Louis semble bien résumer ce qu’André Dejean a représenté dans la musique du pays en le qualifiant d’« un des plus grands musiciens haïtiens de tous les temps ».
« Va en paix, Mapou. Le corps n’est plus là, mais ton œuvre, elle, est éternelle. Merci. Griot. »
C’est ce qu’écrit Pipo Saint-Louis sur sa page Facebook. Pour Alix Nozile, ancien tambourineur de Nu-Look qui a joué aux côtés de Dejean, celui-ci est « une légende ».
Le 8 octobre 2015, André Dejean a été élevé au grade de chevalier de l’Ordre national Honneur et Mérite par la présidence de la République d’Haïti. Albert Chancy, Boulo Valcourt, Richard Metellus (Ti Coka) et Richard Duroseau ont également reçu cette distinction.
Au début de novembre 2025, le trompettiste a réalisé une soirée d’adieu en Martinique et en Guadeloupe. Réunissant Lionel, Fred et André Dejean aux côtés de Lesly Constant, Camille Armand et Lucien Céran, les Frères Dejean ont partagé l’affiche avec Zafem. Il s’est ensuite produit, le 16 novembre 2025, avec Nu-Look pour le Compas en symphonie à Boston, au Massachusetts, aux États-Unis.
Une génération de pionniers disparaît
Durant ces cinq dernières années, environ une dizaine de musiciens et musiciennes haïtiens ont fait le grand voyage : Joseph Dieudonné Larose et Frantz « Fanfan Danje » Joseph (2026) ; André « Dadou » Pasquet, Gary Didier Perez, Richard Duroseau, Anna Pierre, Fabienne Denis et Finette Pierre-Luc (2025) ; Jean Michel « Zouzoul » Saint-Victor, Daniel Larivière (2023) ; Michael Benjamin (2022) ; Herman Nau et Yvenel « Soré » Étienne (2021). Autant de départs qui rappellent, chacun à leur manière, la fragilité d'un patrimoine musical porté par une génération de pionniers.
PhilAyiti Media — 11.09.2026